Lorient’geles
La Mecque de la voile ?
Texte: Vincent Gillioz
Année: 2012
Il suffit d’arpenter l’ancienne Base de Sous-Marins (BSM) pour constater l’importance qu’a pris ce port de Bretagne Sud dans le monde de la course au large. En rejoignant les quais, plusieurs Classe 40 et Mini high-tech trônent sur des remorques, aux abords des multiples chantiers et prestataires nautiques. Sur les pontons, devant la Cité de la Voile Eric Tabarly, des préparateurs s’affairent à mâter un 60 pieds IMOCA. Un peu plus loin, quelques Figaristes et Ministes rentrent d’une session d’entraînement et rangent leurs bateaux. De l’autre côté, Banque Populaire V, le trimaran le plus rapide autour du monde, est amarré. Sur le terre-plein juste en dessus, Groupama III, vainqueur de la route du Rhum, passe tranquillement l’hiver au sec. Un peu en retrait, les camions de l’équipe Gitana stationnent à côté des hangars de Jean-Pierre Dick et de Multi One Design. Un passage au bar restaurant « La Base » confirme finalement ce qu’on pressent depuis un moment, après avoir croisé successivement Tanguy Le Glatin, Antoine Rioux, Alain Gautier ou encore la jeune suissesse Justine Mettraux. Lorient est bien « The place to be » pour n’importe quel amateur de voile de compétition.
Passé douloureux
Connue pour son histoire tragique – la ville a été détruite à 90 % à la sortie de la Seconde Guerre mondiale –, Lorient a réussi une reconversion exemplaire, et surtout jamais observée dans un laps de temps aussi court. L’histoire de cette mutation a débuté en 1995, lorsque la Marine Nationale a quitté la BSM pour concentrer ses activités à Brest. « Entre la crise de la pêche et le départ des militaires, 5000 emplois ont disparu », rappelle Norbert Métairie, le maire actuel de la ville. Un site de vingt-trois hectares est récupéré par la municipalité. « Une zone qui n’appartenait pas aux Lorientais », précise encore M. Métairie. « C’était un site militaire, interdit au public ». Consciente du potentiel de cet héritage, mais empruntée sur le choix d’une nouvelle affectation, la ville a lancé un concours d’idées, dans le but de créer une dynamique visant la réappropriation du lieu par les habitants. « Pour différentes raisons historiques, Lorient s’est construite en tournant le dos à la mer. Ces terrains ont représenté une occasion de regarder à nouveau vers le large. » La filière nautique s’est profilée assez naturellement, grâce notamment à d’indéniables atouts physiques. L’accès avec 4,5 mètres de tirant d’eau par n’importe quel coefficient de marée est garanti. Le site est très bien abrité et les infrastructures laissées par l’armée sont particulièrement adaptées aux besoins de l’industrie nautique. Le défi français pour l’America’s Cup, qui a vite compris ces avantages, a été un des premiers à profiter de la disponibilité des lieux pour créer une base d’entraînement début 2000.
Grâce à l’Europe
L’apport de fonds, de l’Europe, de la Marine et de la Région (60 millions d’euros au total), a ensuite permis d’envisager une reconversion totale en zone de développement contrôlée, tournée exclusivement vers le nautisme. « Le financement a bien sûr été un moteur du projet », complète encore le maire. « Aujourd’hui, la BSM est un véritable marqueur identitaire de Lorient. On s’y promène, on y sort le soir, on y travaille. »
Le site est encore appelé à grandir. Pour l’heure, seuls septante-cinq pour cent de l’espace sont commercialisés. Appartenir à une branche liée au nautisme reste une condition pour les entreprises qui veulent s’implanter. L’association Lorient Grand Large a la charge de promouvoir le site, d’animer le pôle de course au large et surtout de garantir qu’il se développe dans le bon sens. Gréeurs, spécialistes en électronique, assureurs, accastilleurs, constructeurs, spécialistes en composites et entraîneurs se côtoient donc quotidiennement dans un rayon de quelques kilomètres, ce qui favorise les synergies en tous genres. Les promoteurs estiment qu’un millier d’emplois ont pu être créés sur l’ensemble.
La Volvo pour couronner le tout
Non encore satisfaits de leur réussite, les acteurs qui ont contribué à la réhabilitation de la BSM ont souhaité lui donner une touche internationale. Les besoins de la Volvo Ocean Race ont constitué une occasion idéale. Car si la Transat en double, l’AG2R, le Figaro, l’EDHEC ou le Tour de France à la voile reviennent régulièrement à Lorient, un événement de plus grande envergure manquait au calendrier. La décision de porter une candidature auprès de Volvo a donc été prise en 2009, largement motivée par la participation d’un concurrent français, qui plus est basé à Lorient.
« Lorient est jumelée avec Galway, la ville arrivée de la course », commente Christophe Baudry. « Il y avait bien sûr d’autres candidatures mais nous étions en bonne position. » Le directeur de Lorient Grand Large évite de parler des montants exigés par l’organisateur, à titre d’achat de licence. « Les conditions ne sont pas les mêmes pour toutes les villes, il est donc normal que les chiffres restent confidentiels. Je peux seulement vous dire qu’on est loin des quatre millions d’euros avancés par certains blogueurs. »
Un événement pour les habitants
Christophe Baudry préfère voir l’opportunité qui se présente plutôt que de justifier un engagement qu’il voit dans l’intérêt de tous. « Nous allons nous efforcer de faire une étape qui profite aux Lorientais et être généreux avec eux. » Concert, village, projets artistiques sont donc à l’agenda. Aucun chiffre sur la fréquentation attendue n’est encore annoncé, mais on comprend à demi-mot qu’un demi-million de visiteurs serait bienvenu, sur la quinzaine de jours que doit durer l’escale.
L’avenir nous dira si l’accueil de la Volvo est une bonne affaire pour Lorient, qui a signé pour deux éditions. Mais quel que soit l’épilogue, la ville a déjà largement gagné son pari. La Mecque de la voile n’est plus à Cowes, ni à La Trinité ou à Port-La-Forêt mais bien à Lorient’geles.
Salon du Multicoque, pôle course au large et Volvo Ocean Race : Lorient est passée en une décennie d’une ville en pleine crise économique à une des destinations les plus prisées du monde du nautisme en Atlantique. Cette évolution lui vaut aujourd’hui le patronyme de Lorient’geles.
Agenda Lorient :
Salon du Multicoque : du 18 au 22 avril 2012
Volvo Ocean Race : du 17 juin au 1er Juillet 2012



