Sur ce sujet
Partager
à voir également

Développement durable

Les fiancées de la mer au secours de la planète

Texte: Marie de Pimodan

Année: 2010

Au cœur d’un véritable véritable raz de marée d’initiatives, qu’elles soient privées ou publiques, quelques femmes au caractère bien trempé déploient des trésors d’énergie pour porter haut le message du développement durable. Et pas n’importe lesquelles : des femmes fi ancées aux océans qui ont à cœur de protéger leur terrain de jeu favori. Dans ce registre, la Française Isabelle Autissier fut l’une des premières à hisser la voile. « J’ai fait des études d’ingénieur agronome avec une spécialité en halieutique, ce qui m’a conduit à m’intéresser de près à l’impact de l’agriculture et de la pêche sur la nature », confie la première femme à avoir réalisé un tour du monde en solitaire en compétition. Mais à l’époque où Isabelle quittait les bancs de l’école, les questions environnementales étaient loin d’être à l’ordre du jour, les relais politique et médiatique n’emboitant pas le pas des défenseurs de la nature. L’engagement d’Isabelle Autissier n’est aujourd’hui plus un secret pour personne. Membre du conseil d’administration de WWF depuis trois ans, présidente de l’Ecole de la Mer à La Rochelle, Isabelle Autissier étaye un propos scientifi que qui laisse songeur. Un véritable cri d’alarme relayé lors de sa participation au dernier Grenelle de la mer dont les conclusions rendues en juin ne seront satisfaisantes, selon elle, que si le gouvernement français saisit la balle au bond. Mêmes espoirs du côté du sommet de Copenhague (décembre 2009), dans le sillage du protocole de Kyoto visant à la stabilisation de la concentration des gaz à effet de serre considérés comme la cause principale du réchauffement climatique. Isabelle Autissier estime qu’il s’agit d’« une négociation historique pour avancer dans la voie d’une régulation du climat. Pour l’instant, j’ai bien peur qu’on n’en ai pas encore vraiment pris le chemin ».

L’action plutôt que la passivité
Catherine Chabaud enfourche le même cheval de bataille. Entrée dans l’histoire de la navigation en 1997 en devenant la première femme à effectuer le tour du monde en solitaire sans escale, elle se consacre depuis 2002 à des projets liés à un nautisme durable. De son métier de journaliste, Catherine Chabaud a fait une arme au service de ceux qui se mobilisent pour la protection de la mer et du littoral. Son premier projet, Reporter bleu, consistait à naviguer sur un bateau d’exploration afin de « médiatiser ceux qui agissent pour l’environnement ». Un projet tombé rapidement à l’eau, faute de moyens suffi sants pour construire un bateau éco-conçu. Catherine Chabaud mène aujourd’hui deux projets de front. Le premier, baptisé Cap Vert, consiste à créer un outil informatique spécialisé dans l’écoconception des bateaux. Le second, NavEcoMat, vise à réaliser un bateau en éco-matériaux à partir de fibres de lin et d’amidon de pomme de terre (PLA). Si le planning est respecté, le bateau devrait sortir du chantier fin 2010. Et, comme l’espère la navigatrice française, démontrer aux industriels qu’une autre conception nautique est possible. Membre du Conseil supérieur de la navigation et des sports nautiques, ambassadrice du Défi pour la Terre de la Fondation Nicolas Hulot, administratrice de l’Agence des Aires maritimes protégées… Aujourd’hui, Catherine Chabaud est une des personnalités avec lesquelles il faut compter. En 2008, elle s’est vue confier une mission « Nautisme et développement durable » par le Ministre français de l’Ecologie Jean-Louis Borloo, mission qui s’est soldée en juin avec l’organisation d’un colloque sur les enjeux du développement durable dans la filière nautique ainsi que la sélection d’une dizaine de projets pour des ports de plaisance augmentant les capacités d’accueil dans une démarche de développement durable. « Visiblement, une nouvelle mission découlerait du dernier Grenelle de la mer auquel j’ai participé. A suivre… »

4myplanet navigue pour l’environnement
Le projet 4myplanet soutenu par le Yacht Club de Monaco est une nouvelle contribution, sur l’eau cette fois, à l’édifice des défenseurs de l’environnement. La jeune navigatrice Alexia Barrier quitte en effet le continent en décembre pour un tour du monde en solitaire écolo (à suivre sur www.skippers.tv). Objectif : zéro émission de carbone ! Alexia Barrier s’est donc engagée à ne pas embarquer d’énergies fossiles mais plutôt un moteur électrique remplaçant le traditionnel moteur thermique. Son 60 pieds de course, lequel a d’ailleurs appartenu à Catherine Chabaud, est en outre équipé de tout le matériel nécessaire au relevé de données en surface et dans l’atmosphère transmises en temps réel à l’Ifremer et à Météo France. « Ce projet, c’est un rêve de petite fille, souligne la navigatrice. On a toujours laissé les hommes gérer les problèmes d’énergie. Je crois que les femmes ont un rôle à jouer aujourd’hui pour changer les mentalités et trouver des solutions. » Alexia Barrier et ses partenaires, dont l’assureur Onlyyacht, se donnent 4 ans pour que le projet prenne toute son ampleur. Après le tour du monde entamé en décembre, la navigatrice s’attaquera à la Route du Rhum en automne 2010 sur un tout nouveau 60 IMOCA conçu par Wally dans le respect de l’environnement. Avec, enfi n, cerise sur le gâteau du challenge 4myplanet, un engagement dans le Vendée Globe 2012.

Ellen MacArthur à terre pour la gestion des ressources naturelles
Depuis son record du tour du monde en solitaire en 2005, la pétillante Anglaise ne s’était plus illustrée au large. Elle planchait plutôt à terre sur des projets liés à la préservation des ressources naturelles.

Depuis quand êtes-vous engagée dans la protection de l’environnement et pourquoi ?
Ce qui m’intéresse précisément, c’est la gestion de nos ressources naturelles. Le moment crucial qui m’a décidée à m’engager dans cette voie remonte à 2005. Pour la première fois en 12 ans, j’ai fait un break. J’ai navigué au jusqu’à l’île de Georgie du Sud que j’imaginais loin de toute forme de civilisation. J’étais loin du compte. Entre 1900 et 1950, 4 500 personnes y avaient vécu de l’exploitation de l’huile de baleine. 175 000 baleines en ont fait les frais. J’ai alors réalisé pour la première fois que notre manière de procéder est toujours la même : tarir les ressources dont nous disposons avant de nous tourner vers d’autres ressources. J’ai eu le sentiment que j’avais deux solutions : continuer comme avant ou en apprendre plus et agir pour protéger nos ressources naturelles.

Quelle forme concrète cet engagement prend-il ?
J’ai passé les trois dernières années à rencontrer des représentants de gouvernements, de grandes industries ou d’organisations internationales pour essayer de mieux appréhender la gestion des ressources. Presque tous reconnaissent l’urgence de ce challenge et cherchent des solutions. Mais ils ont aussi besoin de nous, de l’engagement des populations pour effectuer les changements qui s’imposent. Je vais créer une fondation en 2010 qui aura pour objectif de communiquer sur les enjeux concrets de cette question afi n de faire évoluer les mentalités et soutenir des projets dans ce sens. Je crois en la détermination et la capacité
de l’Homme à relever ce genre de défi .

Contribuer à préserver les ressources naturelles, évaluer l’impact de nos déchets sur l’environnement, changer les mentalités pour modifier nos gestes quotidiens… Agir pour le développement durable est aujourd’hui une nécessité que quatre femmes de tête, navigatrices au long cours, ont décidé de prendre à bras le corps. Portraits croisés des actions menées par Catherine Chabaud, Isabelle Autissier, Ellen MacArthur et, dans leur sillage, la jeune Alexia Barrier.

124-1_timeid_1260971988_1260971988.jpg

124-2_timeid_1260972004_1260972004.jpg

124-3_timeid_1260972019_1260972019.jpg

124-4_timeid_1260972078_1260972078.jpg

124-5_timeid_1260972092_1260972092.jpg