A la découverte des phares
Tour de Corse éclairé
Texte: Sandrine Moirenc
Année: 2011
Ils balayent de leur faisceau des kilomètres de mer, perchés dans les brumes, léchés par les embruns ou fouettés par de violentes déferlantes sur les plus extrêmes étendages rocheux de l’île. Gardiens solitaires, ils émettent leur identité à qui veut l’entendre, qui veut percer l’obscurité, pour rassurer. Ils sont une trentaine, sans compter les bouées et balises, à arpenter les 1000 kilomètres de côte corse. Jusque dans le milieu des années 80 où l’on commence à automatiser les phares, ces derniers sont tous veillés par des gardiens, missionnaires solitaires entre terre et mer, interface humaine de ces géants de pierre et de lumière pour les marins esseulés, en mal de contact. Aujourd’hui, les phares sont devenus de véritables monuments historiques.
Au nord, Giraglia : un milieu biotope
Situé sur un îlot rocheux de 9 hectares, à la pointe du Cap Corse et à un mille des côtes, le phare de Giraglia est le premier faisceau lumineux annonciateur de l’île, lorsque l’on vient du nord. Il signalise également l’une des zones les plus dangereuses en mer.
L’endroit est si exceptionnel qu’il a été classé réserve biotope. Bien que le phare ne soit plus habité, les anciens gardiens, nostalgiques, se souviennent de la vie sur place et des anecdotes rocambolesques qui nourrissaient le quotidien : « L’âne de Giraglia ne décollait pas du phare, sauf le lundi, lorsqu’il était de service pour porter les bagages de la relève : il restait introuvable ! »
Au nord-ouest, Revellata : une double mission
On ne pouvait rêver mieux que la pointe de la Revellata pour y dresser un phare : un énorme bras de roche s’avançant sur la mer pour délimiter le golfe qui abrite la commune de Calvi. Depuis le phare, le panorama est exceptionnel : la fameuse citadelle, sur son promontoire rocheux, et derrière, les montagnes, souvent enneigées, avec le mont Cinto, le plus haut de l’île – 2702 m. Plus à l’est, on aperçoit le Cap Corse et la côte du désert des Agriates.
En dehors de sa fonction première, la Revellata remplit une autre mission : héberger dans ses bâtiments des scientifiques de passage, venus étudier dans la baie de Calvi les effets des changements climatiques observés dans le monde. Une initiative que l’on doit à la station de recherches sous-marines et océanographiques – STARESO, installée sur la pointe depuis 1970.
A l’ouest, les Iles Sanguinaires : des fées mystiques
Un totem de lumière sur roches rouges couvertes de maquis, et la grande bleue autour, quelquefois douce comme du velours, quelquefois d’une furie démoniaque ! Le phare des Sanguinaires se plante au sommet d’un roc, à 9 milles du port d’Ajaccio. Camille Lorenzo, son ancien gardien, le connaît bien : « Les premiers travaux d’édification sur les Sanguinaires ont débuté en 1838. Il a fallu six années pour attendre de voir le phare s’allumer. Pourtant, c’est une tour carrée massive, de 80 mètres, qui s’élance dans le ciel, dominant tout le golfe.»
Aujourd’hui le phare n’est plus habité, mais il continue de fasciner et d’attirer les touristes, venant par vedettes, depuis Ajaccio.
Au sud-ouest, Senetosa : l’exception
Senetosa fut le dernier phare habité de Corse. Ses derniers gardiens se souviennent encore de la vie, si spéciale, que leur offrait le géant de lumière. Julien et Noël ont travaillé sur pratiquement tous les phares de l’île, mais c’est celui-ci qu’ils ont toujours préféré : « Cet endroit est perdu, dans un site superbe. On avait la paix, entre parties d’oursins, de pêche et de chasse ! Chaque matin, les niveaux d’eau des batteries qui alimentent les bâtiments étaient contrôlés, l’optique nettoyée. On s’assurait également du bon allumage du phare, avant l’obscurité. »
Au sud, Pertusato : un bout du monde !
Ce superbe phare situé à Bonifacio, sur la pointe de Pertusato, est le premier phare qui a émis en Corse, en 1844. C’est également le plus haut. Sa tour culmine à 100 m au-dessus de la mer. Automatisé en 1986, il a tout de même gardé sa cuve à mercure d’origine qui permet, par une motorisation électrique, d’assurer dans de parfaites conditions, la rotation de l’optique composée d’une lentille de Fresnel à deux faces et quatre « yeux ».
Lui aussi occupe la mémoire collective avec ses petites histoires… Par exemple, Lucien, chef d’équipe pour la Corse sud, se souvient de l’hiver 1998 : « Il y a eu un grand bruit dans la coupole, et sur place les dégâts étaient tels que l’on a d’abord cru à un plasticage : l’hydrogène contenu dans les batteries s’était répandu partout ! » La foudre était tout simplement tombée sur le phare.
A l’est, Alistro : l’atypique
Ce phare, construit en 1864, est l’un des plus récents. Sa grande particularité tient à son emplacement. Situé dans la plaine orientale de l’île, il profite du promontoire de la commune de San Juliano qui lui donne un peu de hauteur pour émettre son faisceau. L’automatisation du phare en 1988 est assez tardive, mais cela n’a pas empêché le gardien, avec sa famille, de continuer d’habiter les locaux pour assurer un service jusqu’à sa retraite.
Alistro se distingue des autres phares corses par un petit détail que tout le monde remarque : il est le seul à arborer une tour octogonale, qui plus est, de couleur grise… Une fantaisie qui correspondait peut-être aux tendances du moment.






